• 2010 03 06 - Rallye Gaucho

     Le grand rendez vous pour cette extraordinaire traversée de l’Argentine est fixé depuis longtemps à Antofagasta au Chili le samedi 6 mars 2010.  Las,  une semaine avant, un séisme de très forte magnitude vient de secouer le Chili et tous les vols via l’aéroport  de Santiago,  point de passage pour Antofagasta, sont suspendus. Premier test pour les participants : rejoindre  ce lieu de rendez vous. Tous y parviendront et retrouveront leurs Traction dans le parking de l’hôtel.  Dimanche 7, chacun prépare sa voiture et, lundi 8, l’aventure commence ! 320km pour rejoindre San Pedro de Atacama, traversée d’une zone désertique, la route monte tranquillement, les paysages sont sauvages ; et puis l’après midi  la longue ligne droite qui ne semble pas monter essouffle nos moteurs. Pénélope, c’est le nom de notre 11C, souffre, on monte en 1ère  et il n’y a pas que nous ! On passe à plus de 3000m. Etape dans un hôtel confortable.  Demain la traversée de la cordillère des Andes sera le vrai test pour les équipages et leurs drôles de machines.

    9 mars : à 8h30 tout le monde est au poste de douane du Chili, les formalités commencent ! En une heure tout sera réglé, sauf que le camion d’assistance qui transporte les pièces de rechange et 2 Traction sur son plateau, dont celle de nos amis Brosselin (TU) (il est prévu qu’ils nous rejoignent à Mendoza, Roger n’a pas pu convaincre son cardiologue que son cœur  de jeune homme résisterait à 4700m !), est refoulé. Il manquerait un papier. En fait le camion chilien  n’est pas en règle, il ne sera pas autorisé à quitter le Chili.  Il faudra le dérouter sur la frontière coté Mendoza où véhicules et matériels seront récupérés.
    Partant de 2500m d’altitude il va falloir passer, 45km plus loin, à 4650m ! Pénélope mettra 4h30 pour les parcourir car l’assistance technique a beaucoup à faire et ce n’est qu’après avoir passé ce point haut  que Jean-Claude Tilly et ses fils vont procéder à un réglage des soupapes (celles d’admission étaient trop  fermées et dès 3000m  le moteur perdait toute puissance). Merci les Tilly  car depuis toutes les côtes seront franchies sans jamais prendre la 1ère. Beaucoup de vapor lock (chiffons humides sur les durits, ça aide) des moteurs qui chauffent, il faut s’arrêter, mais tous en profiteront pour faire de formidables photos.
    Les 110km suivants nous font naviguer entre 3500 et 4200m pour arriver au col du Paso de Jama, le poste de douane Argentin. Ces 160km de no man’s land nous ont fait découvrir des paysages époustouflants sur l’altiplano. Nous avons rencontrés lamas, alpagas et même vigognes. Encore 120km pour arriver au premier village, Susques. Logement  moins que sommaire  mais la fatigue l’emporte, on ne fait pas les difficiles.

    10 mars : en route pour Purmamarca. Nous quittons le désert de la cordillère  pour passer près d’un lac salé et remonter à 4200m, puis descendre dans la forêt subtropicale, la vallée est luxuriante. Descente impressionnante de 30km  à l’arrivée, il faut jouer du frein moteur.

    11 mars :  365km pour rejoindre Cafayatte.  En traversant El Carmen nous apercevons un panneau signalant un musée de l’auto ! Quelques équipages décident de partir à sa recherche  et nous finissons par trouver un hangar ou sont entreposés quelques  américaines à restaurer et même une Ford T. Un lama très câlin  ne va pas nous quitter pendant notre visite! Dans l’après midi, dans les gorges du Diable et, surprise ! Un chœur de 20 jeunes argentins est venu pour nous, chanter à capella dans un amphithéâtre naturel. C’est magique !

    12 mars : déjà 1250km de parcourus et c’est en direction de Belen  que nous allons faire nos premières armes sur la piste. Je ne sais pas qui a mangé le plus de poussière des voitures ou des équipages mais les voitures sont dans un état de crasse impressionnant ! Il fait très chaud même la nuit.

    13 mars : cap plein sud sur la route 40, encore de la piste dans un paysage grandiose, la vallée  Cuesta de Miranda. Arrivés à Villa Union dans un hôtel confortable avec piscine bienvenue, il fait encore 35°. Dans les traversées de villes et villages, des caniveaux en travers et de très violents « gendarmes couchés » mettent nos suspensions à rude épreuve. Gare à ceux qui n’auront pas vu ces obstacles non signalés, mais les Traction savent encaisser, pas de casse !

    14mars : direction Valle Fertil avec 2 temps forts : le matin, parc de Talampaya, gravures Quechua,  parc botanique, canyon aux couleurs vives, et l’après midi parc de la vallée de la Lune. Des phénomènes géologiques étonnants. Jean Claude et Alex Tilly sont partis la veille pour faire passer la frontière aux 2 voitures et matériels qui ont rejoint la frontière coté Mendoza, Sébastien assure seul l’assistance. Bingo ! Le soir il passera la nuit à changer un moteur (2 pistons percés) alors que nous profitons d’une nuit à l’hôtel avec vue magnifique sur un lac. Couché à 5h30, il reprendra  sa mission d’assistance dés le matin.

    15 mars : Cap sur Mendoza. Pourvu que tout se passe bien, car il n’y a plus de pièces de rechange et  le reste du matériel sera, au mieux,  récupéré ce soir ! Mais il s’agit d’une étape longue sans difficulté et avec peu d’intérêt sauf la visite du sanctuaire de la  Difunta Correa.  Cette sainte est la patronne des automobilistes à qui  en hommage les argentins  déposent les restes de leurs voitures accidentées entre autres offrandes étonnantes.

    16 mars : La deuxième partie du voyage commence par une journée de repos à Mendoza. Nous retrouvons voitures, matériels et bagages restés bloqués en douane, et accueillons de nouveaux équipages dont font partie Françoise et Roger (Brosselin), dits  les « Yacco »  déjà célèbres par leur participation aux précédentes expéditions.

     17 mars : en route vers Malargué: 2 journalistes chargés par Citroën Argentine de faire un reportage publicitaire nous ont rejoints. Arrivés à 16h nous visitons à pied la ville, son planétarium…et sa fête foraine !

    18 mars : Direction Chos Malal. Traversée en montagne et à la sortie d’un village vue magnifique sur un lac. Endroit idéal pour le pique-nique… jusqu’à ce qu’on découvre à quelques mètres de nous le cadavre en décomposition sans doute d’une vache. Mais le vent est avec nous, il souffle dans le bon sens.

    19 mars : objectif Aluminé : Paysages somptueux, piste traversant des paysages aux couleurs magnifiques.  En face de nous, à la sortie d’un virage nous voyons un 4x4 déraper dans un nuage de poussière, plonger et disparaître. Nous craignons le pire, encore quelques secondes pour s’arrêter à l’endroit de sa sortie de route, et nous voyons le 4*4 quelques mètres plus bas, encore bondissant sur ses roues et reparti à travers les rochers tenter de rejoindre une autre piste !

    20 mars : arrivée prévue à San Martin de Los Andes. Encore faut-il partir ! Au démarrage, le câble du démarreur se bloque et ça fume sous le capot ! Le temps de débrancher la batterie (je n’avais pas de coupe-circuit, depuis j’en ai installé un !) la languette de contact a fondu. Le câble du + de la batterie est directement mis au contact du démarreur puis consciencieusement isolé et fixé sur le longeron pour résister aux vibrations de la piste et c’est reparti. San Martin nous attend, c’est une luxueuse station de sports d’hiver aux boutiques chères ! Au dîner une belle truite, voilà qui nous change de nos énormes morceaux de viande habituels.

    21 mars : Circuit des 7 lacs en direction de Bariloche. Piste dans la montagne, il pleut les essuie-glaces ne fonctionnent pas (mais est ce que cela change quelque chose ?) nous louvoyons dans la boue. La végétation est magnifique mais c’est la fin de la floraison (nous sommes dans l’hémisphère sud).

    22 mars : traversée du parc national de Los Alerces. Toujours notre problème de démarreur, nous laissons le moteur tourner lors des haltes ou cherchons les sommets de côtes pour nous arrêter du coup les vues sur les vallées sont extraordinaires. Camping-hôtel dans le parc, dommage qu’il pleuve ! Jean-Claude Tilly m’a trouvé un contacteur pour le démarreur, dorénavant je bénéficie d’un bouton poussoir qui pend au bout de 2 fils électriques… mais à l’intérieur, c’est quand même mieux !

    23 mars : étape de liaison pour Rio Mayo. 474km. Nous déjeunons tous ensembles dans un village où le maître d’école nous demande de faire un « défilé présentation » de nos drôles de voiture devant l’école. Quel succès ! Les gosses sont fous de joie. Panne d’essence à 50km de l’arrivée ma 11 commerciale n’a pas eu l’autonomie, un petit coup de jerrycan et ça repart. Hébergement plus que rustique 1 douche pour 15 chambres et un filet d’eau brulant ou froid ! J’allais oublier de dire que Rio Mayo est la capitale … de la tonte des moutons ! Les équipements touristiques sont conçus pour la clientèle locale.

    24 mars : c’est parti pour la Patagonie profonde (vite baptisée plate agonie). Objectif Estancia Cueva de los Manos. Ne cherchez pas sur la carte, fiez vous au road book. Arrivés à 13h, cela nous permet d’aller l’après-midi voir le site de peintures rupestres à 20km de là (piste pour 4*4 ou chevaux mais nos 11 sont toutes passées, parfois en prenant un peu d’élan) puis 1h de marche en montagne mais à ne pas rater. La première ville est à400 km et le premier village (quelques habitants) à 150km. Nuit en dortoir dans l’Estancia (45000ha, 8 personnes pour s’en occuper et encore parce qu’il y a des touristes toute l’année).

    25 mars : toujours le désert on roule des heures sans croiser ni véhicule ni hêtre humain, seulement des guanacos et des nandous. Déjeuner dans l’Estancia de Marc-Antoine un français ancien avocat fiscaliste parisien. 20000ha acquis il y a 2 ans mais il n’a pas encore fait à cheval le tour de sa propriété. Un choix de vie.

    26 mars : fin de la Patagonie, en route vers El Calafate. Françoise s’ennuie un peu, elle décide de passer le temps en notant sur son carnet ce que nous croisons. En 150km de pistes : 3 lièvres, 3 nandous, 1 tatou … que j’ai failli écraser, plein de guanacos et …5 voitures ! C’est bien le retour vers la civilisation. Arrivée à El Calafate. Une ville avec des commerces et même une blanchisserie ! Ces dames sont ravies.

    27 mars : Départ à 6h avec lever de soleil magnifique sur le lac, en route pour le lac glaciaire Argentina où nous embarquons pour passer la journée sur un bateau au milieu des icebergs et aller au pied des glaciers ! Eblouissement, flore magnifique sur les bords des glaciers, 400photos numériques…jusqu’à épuisement des batteries !

    28 mars : les glaciers sont tellement magnifiques que nous décidons de repartir le matin avec nos voitures jusqu’au glacier Perito Moreno et de faire à pied son approche par un circuit balisé. Nous ferons toute l’étape du jour jusqu’à Rio Galegos l’après-midi, la route est longue mais facile (goudronnée) et ennuyeuse.

    29 mars : Il va falloir retraverser le Chili, prendre le bac pour traverser le détroit de Magellan, et retrouver l’Argentine pour la fin de ce voyage mythique, la Terre de Feu. De nouveau la piste, le folklore des passages en douane et arrivée en Terra del Fuego .Paysages plats, végétation de landes de toutes les couleurs, beaucoup d’eau, des oies et des flamants roses. Arrivée de nuit à Rio Grande dans un superbe hôtel-casino avec un lit plus large que long, on n’a pas l’habitude !

    30 mars : le but du défi, Ushuaia. Etape finale, l’émotion dans le groupe se fait sentir. Françoise décide de conduire notre « Pénélope » ! C’est un événement car elle s’y était toujours refusée, mais c’est la dernière occasion sur une belle route. Elle fera ses 100km avant de me repasser le volant, ravie, ce n’est pas si difficile que ça, elle va y prendre gout. Regroupement pour le déjeuner et arrivée en cortège à Ushuaia jusqu’à un square en bord de baie où nous rejoignent très vite les habitants, le concessionnaire Citroën, les journalistes car nous ferons la « une » des 2 journaux locaux ! C’est la fête : champagne, photos… puis on apprend que chaque propriétaire de voiture doit aller faire un acte notarié pour donner autorisation à la société de transport d’embarquer nos voitures le lendemain pour l’Europe ! Heureusement le concessionnaire Citroën s’occupe de convaincre un notaire de finir sa journée à établir plus de 20 actes et cela nous a occupés plus de 2 heures.

    31 mars : Ushuaia et le « bout du monde ». Cet après midi les voitures seront mises en containeurs mais ce matin dernière ballade au « bout du monde » c’est ainsi que se nomme La Pataia, l’extrémité de la route 3, le point le plus au sud de toutes les routes terrestres. C’est un Parc National et, face aux îles du Cap Horn, nous sabrons, encore une fois, le champagne. Ballade à pied dans la forêt au bord du canal de Beagle, nous sommes chanceux, il fait beau, il n’y a pas de vent et il ne fait pas froid. « Des journées comme ça, il n’y en a pas 15 par an » nous dira le gérant du restaurant où nous déjeunons. A 14h les voitures sont au port mais les containeurs n’arriveront qu’à 18h. Les organisateurs et les Tilly père et fils chargeront les voitures jusqu’à minuit pendant que nous nous régalerons chez Mann, un restaurant où travaille un chef français qui nous fera savourer crustacés et poissons inconnus (crabe royal et poissons péchés à 2000m de profondeur).

    Et voilà c’est fini demain matin départ pour l’aéroport…en autocar !

    Jean-Paul et Françoise Turquin